La mutagénèse, une NBT déjà ancienne

Parmi les NBT, les « New Breeding Techniques » (voir « Les NBT c’est quoi ? »), certaines techniques sont effectivement très récentes, mais d’autres sont beaucoup plus anciennes. C’est le cas de la mutagénèse, méthode utilisée depuis plus de cinquante ans, et améliorée grâce aux progrès récents de la génomique.
 

La mutagénèse, comment et pourquoi ?

 

Mutagénèse, un tube à essai contenant des semences et la plante obtenueLa mutagénèse est un processus naturel qui conduit à l’apparition d’une mutation. Cette mutation peut être bénéfique (nouvelle capacité créant un avantage évolutif ou une meilleure adaptation à l’environnement), neutre (modification sans conséquence) ou négative (par exemple l’apparition de cellules cancéreuses). A l’état naturel, on estime que chaque grain de blé tendre compte une centaine de mutations spontanées par rapport à la génération précédente. La plupart de ces mutations ne provoquent aucun changement par rapport à la génération précédente, car les mutations affectent des séquences d’ADN non-codantes.

 

Depuis la découverte de la mutagénèse au milieu du XXème siècle, l’homme l’a utilisé pour provoquer lui-même des mutations chez des espèces végétales, à un rythme plus élevé. Pour y parvenir, il a eu recours à des agents mutagènes, chimiques ou physiques. La mutagénèse permet deux types d’actions sur le génome d’une plante :
-    L’extinction de l’expression d’un gène
-    Le remplacement d’un allèle par une nouvelle version plus intéressante

 

Concrètement, les modifications obtenues ont notamment permis de :
-    diversifier les variétés de plantes ornementales (azalée, lys, œillet, rosier…) en termes de formes et de couleurs
-    améliorer les propriétés culinaires ou agronomiques (adaptation à des sols à forte salinité, résistance aux maladies…) de nombreuses espèces de grande culture (pomme de terre, riz, blé, maïs, manioc…)
-    développer l’autopollinisation des cerisiers
-    rendre plus précoces les fruits du pêcher
-    anticiper partiellement quelles seraient les mutations susceptibles de se produire spontanément

 

Une technique entrée dans les mœurs

 

Depuis les premiers essais dans les années 50, plus de 3 000 variétés de plantes modifiées par mutagénèse ont été créées. En France, une quarantaine de variétés ont été mises au point, notamment des pommes :
-    la Belrene obtenue en 1970 à partir de la Reine des reinettes
-    la Lysgolden issue en 1970 de la Golden delicious
-    la Courtavel créée en 1972 sur la base de la Starking delicious
Le riz a également été très étudié par les chercheurs français. De sorte que les variétés de riz cultivées en Camargue sont issues de la mutagénèse ou sont des variétés qui en descendent, aussi bien en agriculture biologique que conventionnelle.

 

La plupart des variétés obtenues par mutagénèse sont référencées dans un registre consultable en ligne, car il n’est pas possible de distinguer une mutation naturelle d’une mutation favorisée par l’homme. Certaines variétés obtenues par mutagénèse sont extrêmement prisées, à l’image du pamplemousse Ruby Red utilisé par la plupart des grandes marques de jus de fruit. De son côté, l’agriculture biologique emploie sans distinction des variétés obtenues par mutagénèse, comme le tournesol à forte teneur en acide gras oléique (oméga 9) destiné à la consommation humaine.
 

Partie du quotidien des agriculteurs et des consommateurs, la mutagénèse est une méthode de modification génétique reconnue par l’Union européenne. Les variétés créées sont soumises aux mêmes contrôles que celles obtenues par la sélection conventionnelle, sans qu’aucun problème spécifique n’ait jamais été identifié.

 

La « nouvelle » mutagénèse, plus précise

 

Depuis une dizaine d’années, les progrès accomplis dans le domaine du génie génétique ont permis de développer de nouvelles formes de mutagénèse, capables de cibler uniquement la portion de gène désirée et d’y introduire des mutations. Par comparaison, la technique historique est dite « aléatoire », agissant sur n’importe quelle partie du génome.
Désormais, la mutagénèse est « dirigée », par exemple à l’aide d’oligonucléotides. C’est pour cela qu’elle est classée parmi les NBT.

 

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