Les consommateurs, informés ou pas sur les NBT ?

Consommateur avec un panier d'achat rempli de fruits et légumes

« Les consommateurs sont-ils suffisamment informés sur les nouvelles techniques de sélection végétales ? », c’est la question posée, le 3 avril, à trois experts de l’agriculture.

 

Première à répondre, Marie-Cécile Damave, ingénieure agronome au sein du think tank Agridées, s’exclame « évidemment que non ». Constat partagé par Jean-Christophe Gouache, représentant de l’Union française des semenciers (UFS) au Haut conseil des biotechnologies (HCB) et Frédéric Descrozaille, député LREM et ancien professionnel du secteur agricole. Malheureusement, aucune association de consommateurs ou ONG n’a souhaité participer à cette table-ronde.

 

Un défaut d’informations de base sur l’agriculture

 

L’évaluation de l’information du consommateur sur les NBT appelle toutefois une analyse plus détaillée qu’une réponse binaire « oui ou non ». Pour dresser le constat du niveau d’information générale de la population française, chiffres de l’INSEE et des chambres d’agriculture à l’appui, il faut avoir en tête que seulement 700 000 personnes (2,3% de la population active) travaillent encore dans les champs. La déconnexion entre les travailleurs de la terre et le reste de la population est donc de plus en plus importante.

 

Par corollaire, l’activité concrète d’un agriculteur est de moins en moins connue et partagée. Le problème d’information du consommateur ne se limite donc pas aux NBT mais s’étend à l’ensemble de l’agriculture. L’emploi des pesticides en est un bon exemple : ceux utilisés en agriculture biologique, considérés comme « naturels », n’ont pas de meilleurs profils écotoxicologiques ou sanitaires (exemple du Neeamazal : toxique pour les organismes aquatiques et les pollinisateurs notamment les abeilles) que les pesticides  de synthèse, contrairement à la croyance populaire. Idem pour l’idéalisation du travail à la main, notamment en maraîchage, les consommateurs n’ont pas conscience des pathologies musculo-squelettiques qui y sont associées.

 

Une représentation tronquée de l’amélioration des plantes

 

Ce constat fait, expliquer en quoi les avancées scientifiques et techniques peuvent aider l’agriculture à s’améliorer devient une gageure. Il ne s’agit pas uniquement de parler de productivité, mais aussi d’évoquer en quoi le progrès génétique (ainsi que le machinisme, l’agronomie, la chimie, la biologie, l’écologie…) contribue à réduire par exemple l’utilisation d’intrants (moins d’eau, d’engrais ou de pesticides) et répond à des enjeux essentiels comme le changement climatique ou la salinisation des sols (quand bien même ce ne sont pas des problèmes encore évidents en France).

 

Faute de compréhension du métier d’agriculteur, il est difficile de justifier l’utilisation de méthodes qui peuvent être considérées comme choquantes pour répondre aux besoins des agriculteurs, et in fine de toute la collectivité (nourriture plus saine, moins de pollution…). L’exemple le plus célèbre est celui de la transgénèse qui a provoqué une vague de crainte dans les années 90, toujours présente aujourd’hui. Non seulement, les premiers légumes sur laquelle cette technique a été utilisée ont été vivement rejetés, car vus comme des « plantes-pesticides », mais toute la transgénèse a été vouée au purgatoire en agriculture. Et pourtant, il s’agit d’une biotechnologie couramment utilisée dans le domaine médical (par exemple pour produire de l’insuline pour les diabétiques) où elle est mieux acceptée, car l’objectif qu’elle sert est mieux compris et visible dans la vie de tous les jours : soigner les malades.

 

Les rares informations des consommateurs : partielles et partiales

 

Par ailleurs, le manque de transparence et les méthodes employées pour « informer » sur les nouvelles méthodes de sélection végétale sont un véritable problème. Ce site a par exemple été victime d’un cybersquatting (toujours en cours) organisé par le site Inf’OGM… qui se dit paradoxalement favorable à la transparence et au débat sur les biotechnologies.

 

Les consommateurs ne manquent donc pas seulement d’informations de base sur l’agriculture, ils sont aussi au contact d’informations déséquilibrées, présentant un unique point de vue, sans que ce soit d’ailleurs clairement dit. Car en cultivant la méfiance des internautes à l’égard des études académiques et des organismes de régulation, des sites comme Inf’OGM effectuent un travail de sape insidieux de la légitimité et de la crédibilité du processus scientifique.
Pour cela, ils recourent davantage à des procédés visant à susciter la colère ou la peur, plutôt qu’à bâtir une démonstration claire et argumentée. Dans le meilleur des cas, des éléments scientifiques validés sont employés, mais uniquement quand ils servent leur propos. Comparée à un procès, l’instruction ne se fait qu’à charge, alors que la méthode scientifique est précisément d’instruire à charge et à décharge pour aboutir à la conclusion la plus solide possible.
Cela pose un problème de transparence sérieux, puisqu’un lecteur non averti (c’est-à-dire l’immense majorité de la population, journalistes et élus politiques compris) ne détectera pas systématiquement ce type de manœuvres, par exemple le « cherry picking » : le choix de ne retenir que les preuves qui valident une théorie, en rejetant toutes celles qui l’infirment. De sorte, le consommateur n’est au contact que d’informations orientées, tout en étant convaincu d’avoir accès à une source de renseignements de qualité et de disposer d’une vision complète du sujet.

 

Le problème n’est donc pas seulement de savoir si le consommateur est « assez informé », mais de bâtir un socle de connaissances basiques afin de faire comprendre le pourquoi des actions des agriculteurs. Sans cela, tout progrès de la méthode de culture sera seulement perçu comme un risque, attisé par des sites d’informations orientées. Il s’agit donc d’agir à la fois sur la quantité d’informations et sur leur qualité. Un travail de longue haleine…

 

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